La réponse courte
Les polyphosphates sont autorisés au contact de l'eau destinée à la consommation humaine dans les conditions fixées par l'arrêté du 29 mai 1997 modifié, qui encadre les matériaux et objets utilisés dans les installations fixes de production, de traitement et de distribution d'eau. La dose est plafonnée : le résiduel admis est de 5 mg/L exprimés en P2O5.
Un conteneur correctement dimensionné travaille largement en dessous de ce seuil. C'est le principe même du procédé : l'effet de seuil permet d'agir avec une quantité très inférieure à ce qu'exigerait une neutralisation chimique du calcium.
La même famille que des additifs alimentaires
Les sels de cette famille portent les numéros E450, E451 et E452 comme additifs alimentaires, et se retrouvent dans une grande partie des produits transformés : charcuterie, fromages fondus, plats préparés, boissons.
Cela ne rend pas la substance anodine par principe, et ce n'est pas l'argument. Cela situe simplement l'ordre de grandeur : l'apport d'un filtre domestique respectant le plafond réglementaire est faible au regard de l'exposition alimentaire courante.
Le vrai point de vigilance est ailleurs
Il n'est pas dans la molécule. Il est dans l'entretien du filtre.
Un média filtrant laissé en place au-delà de sa durée de vie reste humide en permanence, à température ambiante, et chargé de ce qu'il a retenu. Ce sont les conditions d'un développement bactérien, et cela vaut pour tous les médias, du charbon actif à la bobinée. Sur un conteneur de cristaux, la question se double d'une évidence : quand les cristaux ont fondu, il n'y a plus de traitement du tout, et le bol ne fait plus que ralentir l'eau.
Si vous ne deviez retenir qu'une chose de cet article : le risque n'est pas d'avoir posé un anticalcaire au polyphosphate, c'est de l'avoir oublié. Le conteneur est transparent pour que vous puissiez voir le niveau baisser.
Faut-il prévoir un point d'eau non traité ?
Ce n'est pas une obligation, c'est une précaution simple à mettre en œuvre si vous le souhaitez. Deux façons de faire.
- Dédier un robinet d'eau froide non traité à la boisson et à la cuisine, en le piquant en amont du filtre. C'est la solution la plus nette, et elle se décide au moment de la pose.
- Placer un charbon actif en aval, au point de puisage. Il n'a pas été conçu pour retirer le polyphosphate, mais il traite au passage tout ce qui relève du goût et de l'odeur.
Pourquoi les anticalcaires ont mauvaise presse
Le problème vient rarement du produit et presque toujours du discours de vente. Ce que la DGCCRF sanctionne au titre des pratiques commerciales trompeuses, à l'article L.121-2 du code de la consommation, ce sont des allégations : promettre qu'un dispositif supprime le calcaire, qu'il élimine le tartre existant, qu'il adoucit l'eau, qu'il apporte un bénéfice sanitaire, ou annoncer un pourcentage d'économie d'énergie sans mesure derrière. Le secteur du traitement de l'eau à domicile est par ailleurs surveillé pour ses méthodes de démarchage.
Notre position tient en une phrase : nous décrivons un mécanisme, nous donnons la dose réglementaire, nous nommons les limites, et nous ne vendons aucun dispositif dont l'efficacité n'est pas établie.
Et les rejets de phosphates dans l'environnement ?
C'est une question sérieuse à l'échelle d'un bassin versant, où les sources diffuses agricoles et domestiques pèsent l'essentiel. Elle l'est beaucoup moins à l'échelle d'un conteneur de 800 g consommé en six mois par une maison, d'autant que la réglementation plafonne précisément la dose résiduelle.
Si le sujet vous tient, l'arbitrage honnête n'est pas entre polyphosphate et rien : c'est entre polyphosphate et adoucisseur, ce dernier rejetant à chaque régénération une saumure chargée en chlorures, et consommant de l'eau et de l'électricité pour le faire.