Ce que le contrôle sanitaire garantit, et ce qu'il ne garantit pas
L'eau distribuée en France est l'un des produits alimentaires les plus contrôlés du pays. Le contrôle porte sur des paramètres de potabilité : microbiologie, nitrates, métaux, pesticides, chlore résiduel. Il est réalisé sur des points de prélèvement définis, en sortie d'usine et sur le réseau public.
Il n'a jamais eu pour objet ce qui se passe après : la colonne montante de votre immeuble, les trente mètres de canalisation privée entre le compteur et votre cuisine, l'état de votre propre plomberie. Une eau parfaitement conforme au robinet du réseau peut arriver chez vous chargée de particules qu'elle a ramassées en chemin. Potable et propre ne sont pas le même mot.
D'où viennent les particules, concrètement ?
Du réseau public
Les conduites anciennes en fonte ou en acier relarguent des oxydes de fer. Surtout, chaque intervention remet en suspension les dépôts accumulés au fond : une réparation après casse, une purge de borne d'incendie, une manœuvre de vanne, un changement de sens d'écoulement. C'est la raison pour laquelle l'eau sort parfois trouble ou ocre pendant quelques heures sans que rien n'ait changé chez vous.
De votre immeuble
Les colonnes montantes en acier galvanisé installées jusqu'aux années 1970 se corrodent de l'intérieur et se couvrent de tubercules poreux qui se détachent par morceaux. Le premier soutirage du matin, après une nuit de stagnation, est le moment où cela se voit le mieux.
De votre propre installation
Coups de bélier qui décollent les dépôts, travaux de plomberie qui introduisent des copeaux et de la filasse, chauffe-eau entartré qui libère des éclats de calcaire à chaque dilatation. La source est parfois à trois mètres du robinet.
Comment savoir si mon eau en contient ?
Deux vérifications suffisent, et elles ne coûtent rien.
- Le verre témoin. Après une absence de plusieurs jours ou simplement au réveil, remplissez un verre au premier jet et laissez-le reposer une heure. Un dépôt au fond, une teinte ocre ou des filaments en suspension sont sans ambiguïté.
- Le mousseur. Dévissez l'embout d'un robinet que vous n'avez pas nettoyé depuis six mois. Des grains bruns ou noirs coincés dans la grille, c'est exactement ce que boit votre lave-linge.
Ce que ces particules abîment
Le sujet n'est pas le goût, c'est l'usure mécanique. Les particules dures sont abrasives et elles circulent sous pression :
- elles rayent les portées d'étanchéité des cartouches céramiques de mitigeurs, d'où les gouttes qui apparaissent après quelques années ;
- elles se coincent dans les électrovannes de lave-linge et de lave-vaisselle, qui restent alors ouvertes ou fermées ;
- elles colmatent les mousseurs et les pommeaux de douche, ce qui déséquilibre le réseau ;
- sur une pompe ou un surpresseur, elles usent les garnitures et les roues.
Aucun de ces incidents n'est spectaculaire pris isolément. Additionnés sur dix ans, ils coûtent plus cher que la filtration qui les aurait évités.
Quel micronnage choisir ?
Le micronnage est la taille des particules que la cartouche arrête. Plus il est fin, plus la cartouche retient, et plus elle se colmate vite.
| MICRONNAGE | ARRÊTE | USAGE |
|---|---|---|
| 20 à 50 µm | Sable, gravillons, terre | Dégrossissage d'un puits ou d'un forage |
| 10 µm | Sable fin, écailles de rouille | Réseau ancien, eau visiblement chargée |
| 5 µm | Fines de rouille, éclats de calcaire, limon | Usage domestique courant sur eau de ville |
| 1 µm | Particules très fines, turbidité résiduelle | Finition, protection d'une membrane d'osmoseur |
Sur une eau de réseau, 5 µm est le bon réglage par défaut : il arrête tout ce qui abîme sans faire chuter la pression. Descendre à 1 µm d'emblée sur une eau chargée ne filtre pas mieux, cela colmate seulement plus vite. Si l'eau est vraiment sale, montez deux corps en série, 20 µm puis 5 µm, plutôt qu'une seule cartouche très fine.
Sédiments, calcaire, goût : trois problèmes distincts
C'est le point que la plupart des acheteurs découvrent après coup. Une cartouche anti-sédiments ne retient pas le calcaire dissous : le calcium est en solution, il traverse n'importe quel média mécanique. Elle ne retire pas non plus le goût de chlore, qui relève du charbon actif. Les trois besoins sont indépendants, et c'est pourquoi les installations sérieuses empilent deux ou trois corps plutôt que d'espérer qu'une cartouche fasse tout.